D’abord, il y a eu une photo. Remco Evenepoel devant Giulio Ciccone au championnat d’Europe, 0,0028 seconde selon Sporza, et la photo-finish qui donne le Belge. Le lendemain, Ciccone a écrit un long message, il a dit qu’Evenepoel était le plus fort de la course, et il a demandé à voir l’image prise exactement sur la ligne. À la télévision, cette ligne, on l’a revue je ne sais combien de fois. Lui dit qu’il l’a regardée des centaines de fois. Je le crois, on regarde toujours la ligne.
Moi, ce que j’ai retenu, c’est une phrase plus petite, plus loin dans l’article de Sporza. Ciccone explique qu’il a peu relayé en finale parce que son coéquipier Christian Scaroni roulait à une trentaine de secondes. Voilà. Devant, je ne sais pas. Derrière, je peux vous dire ce que ça veut dire, trente secondes avec un coéquipier dedans : ça veut dire qu’on ne roule pas pour soi tout seul. On garde la porte ouverte à celui qui revient. C’est écrit dans aucun règlement, c’est écrit dans la koers.
Et ces trente secondes, la caméra ne les montre pas. Elle montre deux roues sur une ligne, en gros, au ralenti. Elle ne montre pas le coéquipier qui roule une trentaine de secondes plus loin. J’ai passé deux saisons et demie dans ce genre de trente secondes, rarement du bon côté, et je peux vous dire que ce sont des secondes où on pense beaucoup à ses équipiers.
Trente secondes, je change une roue. Deux fois, si le blocage est propre.
Alors oui, il y a la photo, et il y a sa question, et elle aura sa réponse ou pas. Moi, dimanche, dans la voiture du club, j’ai laissé la radio sur la course et j’ai tendu un bidon à un gars du club qui attendait son copain. Il l’a attendu. Au café, le podium était démonté, et les deux sont arrivés ensemble.
Le fait est vrai, on a vérifié : Sporza.



