Greg LeMond a parlé à Ouest-France, WielerFlits l’a repris, et j’ai lu ça dimanche soir avec les jambes encore pleines de la sortie de neuf heures vingt. Il dit que Paul Seixas est le prochain Hinault. Il dit aussi que Pogacar était bon à dix-neuf ans et que Seixas, au même âge, est tout aussi bon que lui.
Le prochain Hinault. Les Français l’attendent depuis 1985, le dernier Tour d’Hinault. Nous, en Belgique, on a le prochain Merckx, livré tous les deux ans par la presse, comme le calendrier des pompiers. Chacun ses rendez-vous.
Au club, on a aussi nos « prochains ». Il y a dix ans, un gars est arrivé sur la place de Lasne avec un vélo neuf et des mollets de vitrine, et le président a dit : « Celui-là, c’est le prochain. » Le prochain quoi, on n’a jamais su. Il a tenu trois sorties. Moi, personne ne m’a jamais dit que j’étais le prochain de qui que ce soit. On m’a dit une fois que j’étais en retard.
LeMond pose une condition : « S’il garde la tête sur les épaules, il a le talent pour gagner le Tour », a-t-il déclaré. Ça, je connais. Garder la tête sur les épaules, chez moi, c’est ne pas partir dans la bordure au kilomètre trois parce que le gars de devant a un maillot de pro.
La tête sur les épaules, chez moi, c’est un jeu de direction bien serré, hein.
J’ai fait le calcul pour moi. Dix-neuf ans, c’est l’âge où j’ai acheté mon premier vélo de course, d’occasion, avec une selle qui grinçait. Retirez la selle, le feu rouge d’Audenarde et trente ans de cafés : il reste quand même un homme qui n’a jamais été le prochain Hinault, et qui ne le sera pas. Au café, on a discuté jusqu’à midi de qui serait le prochain président.
Le fait est vrai, on a vérifié : WielerFlits.



