Tous les dimanches, avec le club, on a nos mots à nous. Le gars qui zigzague devant, on en a un. Le vent pris dans les deux sens, on en a un autre. On ne les écrit pas, mais on les a. Alors quand j’ai entendu Randy Ferguson et Jacques Galarneau expliquer les leurs au micro de chez nous, j’ai pris des notes.
« Dans la barrure », pour celui qui est dans le fossé. « Se fraiser », pour celui qui se détruit tout seul dans la côte. « J’en ai plein mon cass », pour la fin de sortie. « Péter au frette », « crisser une mine », « jambon scrap » : le Québécois qui pédale a un mot pour chaque état de l’homme au bout de deux cents kilomètres. Toutes ne passeraient pas sur une ligne d’arrivée des Mondiaux, c’est dit.
J’ai le segment de la plupart de ces expressions, sans le sac. « Péter au frette », chez nous, c’est rentrer un 12 février avec trois degrés et un gars qui a dit « il fait pas si caillant ». « Jambon scrap », c’est mes cuisses au sommet du Mur, version cyclo, le feu rouge d’Audenarde en moins. Je ne dis pas que je suis prêt pour speaker à Montréal. Je dis qu’on peut discuter. Au café, on a discuté jusqu’à midi.
Reste qu’expliquer les mots d’un bord de route, c’est ranger une langue dans une farde. Ferguson et Galarneau l’ont fait, avec leur accent en fond sonore, et le reste du peloton regarde ce que les deux hommes ont en commun avec la sortie de neuf heures vingt : des mots qui sortent quand on souffle, et qu’on range quand on arrive.
Le fait est vrai, on a vérifié : RTBF Sport.


