Constat. Luca Vierstraete, vingt ans, de Heule, est classée troisième du contre-la-montre espoirs des championnats du monde, à Montréal. L’écart avec la quatrième est de 89 centièmes.
Premièrement, les points intermédiaires. Neuvième au premier, troisième virtuelle au deuxième. Le mot « virtuelle » n’a pas de colonne : un point intermédiaire renseigne, il ne classe personne. Deuxièmement, la ligne : c’est elle qui classe. Troisièmement, l’écart, deux chiffres après la virgule, que le chrono lit sans se demander s’ils sont peu.
On me demande si 89 centièmes, ça compte. Tout ce qui est mesuré compte. Le chronomètre ne fait pas de différence entre un centième et une seconde, et moi non plus quand je remplis la colonne. La médaille est attribuée, l’ordre est établi. Conforme. Ce qui n’est pas dans la colonne, c’est le nombre de fois que j’ai recompté les deux chiffres.
Le dossier contient autre chose. Ludwig Willems a expliqué à Het Laatste Nieuws que cette catégorie est composée de coureuses du WorldTour qui, chez les espoirs, ne disputent presque jamais un contre-la-montre séparé, ce qui rend les estimations difficiles à l’avance. Il a aussi rappelé le bronze de Vierstraete au championnat d’Europe U23 dans la Drôme, derrière Venturelli et Ahtosalo. Elle, elle a parlé de son carburant : « Mon carburant préféré et ma recette du succès avant la course ? Tout simplement, une bonne assiette de spaghetti. » Et de la suite : « Je rêve de devenir un jour championne du monde moi-même. C’est le premier pas vers le sommet. »
Je relis le reste du dossier. Le ballet, le tennis, une assiette de spaghetti avant le départ, un surnom dans son équipe : rien de tout cela n’a de colonne. Le règlement ne prévoit pas le carburant, il prévoit le temps. Un rêve ne se classe pas, il se vérifie plus tard, et alors il entre dans la farde. Je note le bronze. Je note les 89 centièmes. Je ne commente pas.
Le fait est vrai, on a vérifié : Het Laatste Nieuws.



