Le Tour de Lombardie, c’est Paul Seixas qui l’a gagné, et la télévision l’a montré comme il faut, plusieurs fois, de face et de dos. Moi, j’ai cherché ailleurs, comme d’habitude, et cette fois j’ai trouvé un Belge de vingt ans qui disputait son premier Monument. Jarno Widar, Lotto Intermarché. Treizième.
Il est resté longtemps dans le groupe d’élite, dit Sporza. Puis la dernière ascension, et il a manqué la jonction avec le groupe de poursuite, celui où il y avait Remco Evenepoel et Ramses Debruyne, et qui a sprinté pour la quatrième place. Une jonction manquée, on ne la voit jamais à l’écran. On voit le groupe qui part, on voit le groupe qui arrive. Celui qui ne l’a pas rejoint, la caméra ne sait pas qu’il existe.
Il n’avait encore jamais disputé une course aussi longue. Il a dit à Sporza qu’il avait tout donné et qu’il était vide sur les dix derniers kilomètres. Et puis il a eu cette phrase : « Dans la dernière montée, je me suis complètement vidé et c’était un peu rouler vers l’arrivée avec une lumière noire. » La lumière noire. Je connais l’endroit, hein. Chez nous, on appelait ça la fin de journée, et on la faisait seul, à regarder le compteur kilométrique descendre plus lentement que prévu.
Il a aussi dit : « Je suis complètement choco. » Choco. J’ai répété le mot dans la voiture du club, dimanche, en rangeant les bidons. Personne ne m’a demandé ce que ça voulait dire. Tout le monde avait compris.
Choco, chez moi, c’est le nom du bidon que personne ne veut laver.
Seul devant Widar, il y a un coureur plus jeune que lui : le vainqueur. Lui l’a fait remarquer autrement, à Sporza : « Seixas gagne, donc l’âge n’a rien à voir. » C’est une phrase de quelqu’un qui reviendra.
Devant, je ne sais pas. Derrière, je peux vous dire qu’un treizième d’un premier Monument a dit lui-même qu’il ne savait rien du classement. C’est comme ça, derrière : on finit d’abord, le chiffre vient après. Chez nous, on l’apprenait au café, quand le podium était déjà démonté.
Le fait est vrai, on a vérifié : Sporza.



