J’ai regardé l’arrivée dans la cuisine, à Renaix, la jatte posée sur la toile cirée, en cherchant ce que je cherche toujours. La télévision a montré Jarno Widar au sommet de Nongla, et elle l’a montré beaucoup, c’est normal, il a gagné l’étape et le classement général, à vingt ans, ses deux premières victoires en WorldTour. Tom Pidcock deuxième à six secondes, Louis Barré troisième à dix. Ça, tout le monde l’a vu.
Ce que je n’ai pas vu, c’est le bureau. Une étape de 165,8 kilomètres au départ d’Yizhou, avec une montée de 3,1 kilomètres à 7,2 % pour finir : la caméra est restée au sommet, et derrière, je ne peux rien vous dire. Je ne vais pas vous inventer qui avait le pourcentage ni qui avait la montre, je ne l’ai pas vu. On dit le gruppetto, mais c’est un bureau, et ce bureau-là, aujourd’hui, personne ne l’a filmé.
Ce que je sais, c’est comment ça se passait chez nous, le dernier jour d’une course par étapes. On redescendait une dernière fois à la voiture, on rendait le bidon, on pensait déjà à l’avion. On comptait les bidons dans le coffre, comme un inventaire. Un bidon, ça se mérite, même le dernier.
Devant, je ne sais pas. On me dit que c’est le troisième Belge à gagner là-bas, après Tim Wellens en 2017 et Lennert Van Eetvelt en 2024. Je le note pour la voiture du club, ça fera une discussion dimanche. Maxim Van Gils est dixième, à trente-trois secondes au général, le second Belge du top 10 de l’étape aussi. Dixième, c’est une place où on voit encore un peu l’avant. Moi j’étais cent douzième du Ronde. Dans les délais.
Quand le podium a été démonté, à la télé, il restait la route, et j’ai fini mon café. De koers, en octobre, en Chine. Pour Widar, c’était le dernier jour de sa première saison chez les professionnels, et il l’a fermée devant. Moi, je regarde toujours derrière.
Le fait est vrai, on a vérifié : RTBF Sport.



