Ashlin Barry est parti très tôt, seul, et personne ne l’a revu avant l’arrivée. Héctor Álvarez a pris la deuxième place à 53 secondes, Jesper Stiansen la troisième. Le chrono dit 4 h 17 min 35 s. Barry fêtait ses 19 ans le même jour, à Montréal.
Avant la course, il ne se voyait pas grand favori et pensait viser au mieux une médaille. Il se disait même qu’il aurait peut-être eu une chance dans le contre-la-montre, mais que gagner sur ce parcours-là, c’était tout simplement incroyable. Après, il a expliqué à Sporza qu’il avait entendu son chien aboyer le long du parcours : « Ça ressemblait à une course à domicile et je suis reconnaissant pour le soutien. » Et encore : « Je ne sais vraiment pas comment j’ai fait. »
Xavier, lui, a lu la phrase sur le chien trois fois avant de sortir son carnet.
Un chien au bord de la route, c’est une donnée. J’ai le segment du Kwaremont, avec le sac, et sur mon segment il y a un chien aussi : celui de la ferme, qui me court après sur trente mètres et que je vouvoie. Lui aboie pour moi, le mien aboie contre moi. Retirez le sac, le café, le feu rouge d’Audenarde, et remplacez le chien de la ferme par un chien qui vous aime : on en reparle. Je ne dis pas que je gagne un Mondial. Je dis qu’on peut discuter du chien.
La deuxième phrase l’a travaillé davantage. Un champion du monde qui ne sait pas comment il a fait, pour un homme qui tient une colonne de déductions depuis des années, c’est presque vexant.
Moi, je sais toujours comment j’ai fait. Départ à neuf heures vingt, le sac, la jatte au sommet, le vent pris dans les deux sens. Tout est noté. Lui part tout seul, très tôt, et il ne sait pas pourquoi ça a marché. Je lui prête mon carnet quand il veut. Page un : le chien.
Il a proposé au club, dimanche, de partir à neuf heures vingt avec un chien au pied de la côte. La proposition a été discutée au café jusqu’à midi.
Le fait est vrai, on a vérifié : Sporza.




