Ashlin Barry ne se voyait pas grand favori. Avant le départ, il pensait viser au mieux une médaille, et il croyait avoir plus de chances dans le contre-la-montre, a-t-il dit à Sporza : « Gagner sur ce parcours, c’est tout simplement incroyable. » Il est parti très tôt, seul, et on ne l’a pas repris. Héctor Álvarez a pris la deuxième place à 53 secondes, Jesper Stiansen la troisième. Barry a aussi entendu son chien aboyer au bord de la route : « Ça ressemblait à une course à domicile, et je suis reconnaissant pour le soutien. »
Quand un gars part tout seul si tôt, derrière, on se regarde. C’est toujours comme ça. Quelqu’un dit qu’il reviendra, quelqu’un d’autre dit qu’on a le temps, et le temps, c’est ce qu’on a jusqu’au moment où on ne l’a plus. Devant, je ne sais pas. Derrière, je peux vous dire que la phrase la plus longue du peloton, c’est « on le reprendra ». Et puis ce chien. Moi, cent douzième du Ronde, dans les délais, j’entendais surtout la voiture du directeur. Un chien, il faut être seul devant pour l’entendre. Chez nous, derrière, on n’entendait que les freins de celui d’à côté.
Barry a gardé son avance jusqu’à l’arrivée, à Montréal. Il fêtait ses 19 ans. Sur la ligne, il n’en revenait pas lui-même : « C’est incroyable. Honnêtement, je n’arrive pas à y croire. Je ne sais vraiment pas comment j’ai fait. »
Il ne sait pas comment il a fait. Moi non plus, je ne sais pas, je n’étais pas devant. Mais je sais comment ça se passe derrière une échappée pareille, en général : il y a toujours un équipier qu’on envoie à la voiture chercher des bidons parce qu’on pense que la journée sera longue, et quand il remonte avec le maillot plein, la course est déjà partie. De koers, pardon, la course, ça ne prévient pas. Un bidon, ça se mérite, et parfois on le mérite pour rien. Ce que j’aime regarder, moi, c’est le bureau, ceux qui font le calcul pendant plus de quatre heures pendant que la caméra reste sur le premier. Le café, on le prend quand le podium est démonté. Et ce jour-là, à la table, il y aura toujours quelqu’un pour dire qu’on l’aurait repris.
Le fait est vrai, on a vérifié : Sporza.




