Il y a toujours quelqu’un qu’on ne voit pas à la télévision, et d’habitude c’est un équipier avec des bidons dans le dos. En 2024, au Tour de Guangxi, c’était le chauffeur du bus. Lionel Taminiaux avait gagné la première étape, le maillot de leader avait été remis lors de la cérémonie protocolaire, et le chauffeur se l’est approprié. Il l’a porté toute la semaine. Par 35 °C à l’ombre, dit la DH.
Moi je trouve ça juste. On parle du maillot comme d’une récompense pour celui qui a franchi la ligne, mais le chauffeur, lui, il a fait les kilomètres avant tout le monde. Taminiaux l’a dit à la DH : « Il se sentait vraiment investi d’une mission et était extrêmement honoré d’être notre guide. » Un guide, voilà. Chez nous, le chauffeur était celui qui savait où se garer, qui avait la clé du frigo et qui ne parlait jamais de la course. Personne ne lui a jamais donné de maillot. Il faut dire qu’on n’en gagnait pas.
Là-bas, à ce que raconte le journal, une bande de l’autoroute est parfois réservée aux véhicules de l’épreuve, pour ne pas arriver en retard aux départs. Le peloton roule parfois sur des boulevards de deux fois cinq bandes. Taminiaux dit que sur des chaussées aussi larges, il ne faut pas se battre pour le placement, et que le peloton est bien moins nerveux que sur des courses européennes. Dix bandes. Moi, sur le Kwaremont, on m’a lâché sur une. C’était le plan, mais quand même.
Taminiaux en sera à sa troisième participation. Il est sprinter, il verra le devant. Je vais regarder autre chose : le bus, au départ, et qui en descend.
Le maillot de leader est porté par le leader du classement. Le chauffeur n’est pas classé. Je note qu’il faisait 35 degrés. Je ne commente pas.
Au café, à Renaix, on a calculé. Toute une semaine en maillot sans un coup de pédale. Dans le gruppetto, on appelle ça un bon délai. Un maillot, ça se mérite, et lui, il avait conduit.
Le fait est vrai, on a vérifié : DH Les Sports+.




